La Bible en ses Traditions

Philippiens 1,1–30

Crampon

Paul et Timothée, serviteurs du Christ Jésus, à tous les saints à Philippes, aux évêques et aux diacres :

1a esclaves Rm 1,1 ; 2Co 4,5 ; Col 4,12 1b saints Rm 15,25-26 ; 1Co 1,2 1a Timothée Ph 2,19 ; Ac 16,1 ; 1Co 4,17 ; 16,10-11 ; 1Th 3,2.6 ; He 13,23 1c diacres 1Tm 3,8-9 ministres établis Ac 1,20 ; 20,28 ; 1Tm 3,1-2

grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus-Christ !

2 grâce et paix Rm 1,7 ; 1Co 1,3 ; 2Co 1,2 ; Ep 1,2 ; Col 1,2 ; 1Th 1,1 ; 2Th 1,2 ; 1Tm 1,2 ; Phm 3

c’est avec joie que je lui adresse ma prière,

à cause de votre concours unanime pour le progrès de l’Évangile, depuis le premier jours jusqu’à présent ;

5 dans l’Évangile 1Co 9,23

et j’ai confiance que celui qui a commencé en vous une œuvre excellente, en poursuivra l’achèvement jusqu’au jour du Christ.

6b Œuvre de Dieu Jn 4,34 ; 6,28-29 ; Rm 14,20 6bc Dieu fidèle 1Co 1,9 ; 1Th 5,24

C’est une justice que je vous dois, de penser ainsi de vous tous, parce que je vous porte dans mon cœur, vous tous qui, soit dans mes liens, soit dans la défense et l’affermissement de l’Évangile, avez part à la même grâce que moi.

7b dans mon cœur 2Co 6,12 ; 7,3 7c Évangile Rm 1,16 ; 1Co 15,1

Car Dieu m’en est témoin, c’est avec tendresse que je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ.

8b je languis après vous tous 1Co 16,24 8a témoin Rm 1,9 ; 1Th 2,5.10 8b entrailles Ph 2,1 ; Sg 10,5 ; Si 30,7 ; Mt 9,36 ; 18,27 ; Lc 10,33 ; 15,20

Et ce que je lui demande, c’est que votre charité abonde de plus en plus en connaissance et en toute intelligence,

9b surabonde 2Co 9,8 connaissance G-Pr 8,10 ; Ep 1,17 9ss Prière de Paul Col 1,9-12

10 pour discerner ce qui vaut le mieux, afin que vous soyez purs et irréprochables jusqu’au jour du Christ,

10a discerner Rm 2,18 ; He 5,14 10b irréprochables 1Th 3,13

11 remplis des fruits de justice, par Jésus-Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

11 fruits Ph 1,22 ; Mt 21,34 ; Jn 15,2-8.16 ; Rm 1,13 ; 6,22 ; Ga 5,22 ; He 12,11 ; Jc 3,17-18

12 Frères, je désire que vous sachiez que ce qui m’est arrivé a plutôt tourné au progrès de l’Évangile.

12 progrès 1,25; Ac 8,1.4; 2Th 1,3

13 En effet, pour ceux du prétoire, et pour tous les autres, il est devenu notoire que c’est pour le Christ que je suis dans les chaînes :

13 Prisonnier Ac 23,35; Ep 3,1; 4,1; 2Tm 2,9

14 et la plupart des frères dans le Seigneur, encouragés par mes liens, ont redoublé de hardiesse pour annoncer sans crainte la parole de Dieu.

14 annoncer sans crainte Ac 28,31; 1Th 2,2

15 Quelques-uns, il est vrai, prêchent aussi Jésus-Christ par envie et par esprit d’opposition ; mais d’autres le font avec des dispositions bienveillantes.

16 Ceux-ci agissent par charité, sachant que je suis établi pour la défense de l’Évangile ;

17 tandis que les autres, animés d’un esprit de dispute, annoncent le Christ par des motifs qui ne sont pas purs, avec la pensée de me causer un surcroît d’affliction dans mes liens.

18 Mais quoi ? De quelque manière qu’on le fasse, que ce soit avec des arrière-pensées, ou sincèrement, le Christ est annoncé je m’en réjouis, et je m’en réjouirai encore.

18 Annonce de l’Évangile Lc 9,50; 1Th 2,5

19 Car je sais que cela tournera à mon salut, grâce à vos prières et à l’assistance de l’Esprit de Jésus-Christ :

19 Prière d’intercession G-Jb 13,16; Rm 15,30; 2Co 1,11 assistance de l’Esprit Rm 8,26; Ga 3,5

20 selon l’attente où je suis et l’espérance que j’ai que je ne serai confondu en rien ; mais que, maintenant comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort ;

20 assurance 2Co 3,12 exalté dans mon corps 1Co 6,20; 2Co 4,10 Honte Ps 35,26s ; 40,15ss ; 1P 4,16

21 car le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain.

21 Union au Christ Rm 8,10s; Ga 2,19s; Ph 3,7-12; Col 3,3s

22 Cependant si en vivant plus longtemps dans la chair je dois tirer du fuit, je ne sais que choisir.

23 Je suis pressé des deux côtés : j’ai le désir de partir et d’être avec le Christ, ce qui est de beaucoup le meilleur ;

23 Être avec le Seigneur Lc 23,43; Jn 14,3; 2Co 5,8 partir 2Tm 4,6

24 mais il est plus nécessaire que je demeure dans la chair à cause de vous.

25 Et je le sais, j’en ai l’assurance, je demeurerai et je resterai avec vous tous, pour l’avancement et pour la joie de votre foi,

25 Rester avec les disciples Phm 22 progrès 1,12; Ac 8,1.4; 2Th 1,3

26 afin que, par mon retour auprès de vous, vous ayez en moi un abondant sujet de vous glorifier en Jésus-Christ.

26 Fierté de l’Apôtre 1,4; 2,16; 1Co 15,31; 2Co 1,14; 5,12; 1Th 2,19

27 Seulement, conduisez-vous d’une manière digne de l’Évangile du Christ, afin que, soit que je vienne et que je vous voie, soit que je demeure absent, j’entende dire de vous que vous tenez ferme dans un seul et même esprit, combattant d’un même cœur pour la foi de l’Évangile,

27 Mener une vie digne Ep 4,1; Col 1,10; 1Th 2,12 Présence et absence Col 2,5 tenez ferme 1Th 3,8; 5,1 Unité d’esprit 2,2; 3,16; 4,2; Ac 2,44; 4,32; Rm 12,16; 15,5; Ep 4,3; 1Co 1,10; 2Co 13,11

28 sans vous laisser aucunement intimider par les adversaires : c’est là pour eux un signe de ruine, mais pour vous, de salut, et par la volonté de Dieu.

28 adversaires 1Co 16,9 salut 2Th 1,5

29 Car c’est une grâce qu’il vous a faite, à vous, à l’égard du Christ, non seulement de croire en lui, mais encore de souffrir pour lui,

29 Don du ciel 1,6; Jn 3,27; Jc 1,17 Souffrir pour le Christ Mt 5,10ss; Ac 5,41; Col 1,24; 2Th 1,4-7; 1P 1,6s

30 en soutenant le même combat que vous m’avez vu soutenir, et que, vous le savez, je soutiens encore aujourd’hui.

Propositions de lecture

2 grâce à vous et paix Intertextualité biblique 1Co 1,3 ; cf. →La paix dans les textes pauliniens ;  Propositions de lecture 1Co 1,3 Formule paulinienne ; Propositions de lecture Rm 1,7b Densité de l'eirênê des salutations apostoliques.

7a de vous tous (G) huper | (V) pro Huper = peri (cf. Zerwick Analysis philologica ; Zerwick Gr. Bibl. 96 (69) p. 31s). Pro en latin postclassique signifie aussi « au sujet de » (cf. Blaise Dict.).

9ss Une prière transformée en exhortation

Le rôle de l'agapê dans la vie chrétienne

  • Spicq 1959 « Conformément à l'usage, saint Paul associe, dans le prologue de sa lettre, action de grâces et prière, et sa demande du v.9 ne paraît pas originale ; c'est une reprise de 1Th 3,12 [...]. Toutefois, la finale du verset et les précisions des v.10-11 apportent un complément d'une extrême importance sur le rôle de la charité dans la vie chrétienne. Ces trois versets (9-11) sont les plus denses et les plus précis du NT sur l'influence de l'agapê au point de vue intellectuel et moral, en ce monde ou en l'autre » (2,234).
La croissance de la charité entraîne une connaissance profonde de Dieu et une sensibilité affinée
  • Spicq 1985 Puisque seul Dieu illumine « les yeux du coeur pour faire voir » (Ep 1,18 ; cf. Ph 3,15, etc.), il faut donc prier pour obtenir « cette grâce, qui est d'une part appelée à grandir sans cesse et d'autre part liée à la charité : plus l'amour s'accroîtra et plus la connaissance (Vocabulaire Ph 1,9b) sera profonde et la sensibilité plus affinée (Vocabulaire Ph 1,9b) : ''Ce pour quoi je prie, c'est afin que votre amour de charité abonde encore de plus en plus en connaissance et en toute perception morale (ou clairvoyance), pour que — discernant le meilleur — vous soyez purs et irréprochables pour le jour du Christ'' (Ph 1,9s). Dans cette prière, qui est aussi une exhortation, l'accent est sur le verbe ''abonder'' (Vocabulaire Ph 1,9b) qui évoque un jaillissement croissant de grâces. On évoquera d'abord une connaissance exacte de Dieu révélé en Jésus-Christ, par opposition à l'ignorance païenne ou à l'aveuglement des Juifs (Rm 1,28.10,2 ; Col 1,10.2,2), puis une connaissance pratique impliquant un renouvellement de la vie morale (Rm 3,20 ; Ep 1,17 ; Col 1,9), enfin et surtout une réflexion de plus en plus poussée ou mieux un amour attentif et fidèle, car rien ne donne d'intuition et de pénétration à l'intelligence comme l'amour, notamment cette agapê qui est ''amour de la vérité'' (2Th 2,10), mais surtout est l'amour dont Dieu s'aime lui-même et qui nous aime, et qu'il verse dans nos coeurs (Rm 5,5). Comment ne serait-il pas apte à saisir la volonté de Dieu, ce qui lui est agréable, et tout porté à l'accomplir ? L'amour est essentiellement complaisance, se plaire en quelqu'un ; ici il est lucide, il rend intelligent, il ''sent'' (Vocabulaire Ph 1,9b) ce qu'il faut faire ou éviter, afin d'être toujours d'accord avec le Seigneur et s'ajuster à ses vouloirs « (149).

9b charité (G) Agapê dans l'éthique chrétienne

Il s'agit de la participation à l'amour de Dieu

Spicq 1959 « L'agapê dont il s'agit n'est déterminée par aucun complément d'objet. On aurait donc tort de préciser qu'il s'agit d'amour envers Dieu ou le prochain. L'Apôtre comprend la charité comme une grandeur autonome, exprimant la vie chrétienne elle-même en ce qu'elle a d'essentiel (cf. 1Co 13), et spécialement comme source d'énergie et de rayonnement dans la vie morale et religieuse. Lorsque saint Paul parle de charité, il évoque moins ses objets que sa source, il pense d'abord à la charité qui vient de Dieu et du Christ, et qui nous ''étreint'' (2Co 5,14). Dans un contexte de prière, cette nuance est certaine. L'Apôtre demande à Dieu de communiquer une participation toujours plus abondante de son amour aux Philippiens. 

L'accroissement de cette participation à l'amour divin entraîne une connaissance profonde de Dieu et un affinement du sens moral

On savait déjà par Ep 3,17-19, que l'agapê parvenue à un certain degré de croissance donne de la pénétration à l'intelligence ou qu'elle exerce une activité spéculative, elle illumine les yeux du coeur (Ep 1,17s). C'est cette pensée que saint Paul reprend ici, en l'accentuant avec une vigueur exceptionnelle. Si la charité des Philippiens doit grandir, c'est dans un sens très déterminé, en epignôsei kai pasêᵢ aisthêsei. Selon la construction perisseuein en (Rm 15,13 ; 2Co 8,7), en effet, c'est l'amour lui-même qui s'épanche ou s'exerce dans le domaine de la connaissance (Vocabulaire Ph 1,9b). N'est-il pas agapê tês alêtheias (2Th 2,10) ? » (2,235). « À cette connaissance, saint Paul ajoute l'affinement du sens moral » (Vocabulaire Ph 1,9b). On conçoit qu'une telle perception soit affinée par l'agapê. Seul un amour total et exclusif ''sent'' ce qui peut plaire ou déplaire, à l'être aimée : seule l'agapê, issue de Dieu, peut révéler comment correspondre en tout à la volonté de Dieu » (2,237s).

Au v. suivant on comprend que la charité exerce l'office de discernement, d'appréciation et de choix (Vocabulaire Ph 1,10a).

  • Spicq 1959  « La charité exerce son rôle d'appréciation et de choix par l'intermédiaire de l'epignôsis et de l'aisthêsis, « mais saint Paul déclare que c'est l'amour qui enrichit le chrétien de meilleures lumières sur Dieu et avive sa sensibilité religieuse et morale. C'est une grande étape franchie dans l'élaboration de l'éthique de la nouvelle Alliance, toute entière fondée sur l'agapê envers Dieu et le prochain. Objectivement, la Loi et les prophètes dépendaient de ce double précepte. Il est désormais acquis que le chrétien, non seulement s'ajuste à cette exigence de l'amour — sa seule règle, alêtheuontes en agapêᵢ (Ep 4,15) — mais qu'il se décide subjectivement à agir et se conduit pratiquement sous la lumière et la motion de la charité. C'est l'agapê qui inspire, commande ses facultés morales, à telle enseigne qu'elle lui fournit les critères du bien et du mal » (2,238s).

10a pour mettre à l'épreuve ce qui diffèrent (G) Expression énigmatique

  • Spicq 1959 Cette sentence eis to dokimazein humas ta diapheronta, dépend de hina perisseuêᵢ : « Si l'accroissement de la charité rend la connaissance de Dieu et du Christ plus pénétrante, et le sens moral plus délicat et plus aigu, c'est pour aboutir littéralement ''à mettre à l'épreuve les choses qui diffèrent''. L'expression est énigmatique parce que dokimazein aussi bien que ta diapheronta ont des acceptions très variées ; mais pour un disciple de saint Paul, elle évoque une notion morale majeure et précise » (2,238).

10b purs et irréprochables Expression redondante à valeur de superlatif

  • Spicq 1959 « Le chrétien est sans tache (Vocabulaire Ph 1,10b), ni reproche (Vocabulaire Ph 1,10b) dès lors qu'il a agi par amour de Dieu et du prochain. Il n'y a de vertu que celle que l'agapê suscite et anime­. La double notation eilikrinês-aproskopos peut être considérée comme évoquant l'aspect positif et négatif de la perfection morale, mais plutôt comme une expression redondante, ayant valeur de superlatif : absolument irréprochable et marchant droit » (2,241).

10b pour le jour du Christ Perspective eschatologique

  • Spicq 1959 « Cette innocence parfaite est requise et prend toute sa valeur en fonction de la perspective : eis hêmeran Christou, c'est-à-dire de la comparution devant le tribunal du Christ (cf. Ph 1,6.2,16 ; Ep 4,30 ; 2Tm 1,12). La formule hina... eis accentue fortement la perspective eschatologique qui domine la croissance de la charité (Vocabulaire Ph 1,9b). Celle-ci joue son rôle de discernement moral durant la vie terrestre ; c'est à elle qu'il appartient d'établir une hiérarchie des valeurs, d'apprécier et de retenir comme sa propriété ce qui va dans le sens de l'amour de Dieu et du prochain. Moyennant quoi, le chrétien vit en vrai disciple du Sauveur ; sa conduite est en harmonie avec sa foi. Il en résulte qu'il n'a rien à redouter au jugement final (1Jn 4,18 ; Jude 24s). Grâce à l'aisthêsis (Vocabulaire Ph 1,9b) de la charité, irréprochable, il ne sera pas condamné. C'est l'agapê qui sauve ! » (2,242).

11 comblés du fruit de justice La fécondité de la charité débordante ne se limite pas à une garantie d'innocence, d'immunité (Propositions de lecture Ph 1,10b). Le v.11 confirme que l'expression « purs et irréprochables » ne s'entend pas dans une acception purement négative. Il ajoute que la vie morale inspirée par l'agapê produit une plénitude de biens, l'authentique perfection.

  • Spicq 1959 « Celle-ci est exprimée par la locution paléo-testamentaire : ''un fruit de justice'' (Vocabulaire Ph 1,11). Il s'agit de ces bonnes oeuvres et vertus issues de la rectitude intérieure, de cette intention d'amour qui donne valeur à tout. Ce fruit qui est la vie chrétienne elle-même, est surabondant et définitivement acquis » (2,242).

11 fruit de justice par Jésus Christ

Tout le bien que nous faisons est par le Christ

  • Spicq 1959 « [...] le Pharisien converti ne peut écrire ''justice'' →Dikaiosunê au sens d'oeuvre de l'homme valable devant Dieu, sans faire la correction chrétienne et prévenir une méprise : Ce fruit, c'est le Christ qui le fait mûrir et lui donne sa qualité. Ce n'est qu'en Lui qu'on peut obtenir une plénitude surnaturelle (Col 2,10) » (2,242).

Texte

Critique textuelle

16s Ordre inversé des versets Certains manuscrits, à l'image de ceux du texte byzantin et du Textus Receptus que nous suivons ici, donnent un ordre des versets inverse par rapport à la Vulgate et Nestle Aland (ainsi que la plupart des manuscrits les plus anciens tels que P46, א, A, B, D et la tradition latine) et non attesté avant le VIe siècle.

Vocabulaire

5.7d communion + êtes associés (G) koinôniaᵢ + sugkoinônous

Famille de mots structurant la lettre

Voc. de Paul « Il semble que ce soit l'emploi de cette famille de mots [le verbe koinôneô, le substantif koinônia et d'adjectif koinônos, formé à partir de koinos « commun »] dans les Philippiens qui en éclaire le mieux le sens ; en effet, les 6 emplois de koinônia et de ses composés structurent la lettre : Ph 1,5.7.4,14-15 encadrant Ph 2,1 et Ph 3,10. Or le 1er emploi désigne clairement une ''part active prise à'' l'annonce de l'évangile. Elle est explicitée par une participation des Philippiens aux épreuves de l'apôtre (Ph 1,7 et Ph 4,14), qui s'est concrétisée en une aide financière (Ph 4,15). Si Paul accepte des Philippiens seuls cette forme de koinônia, c'est qu'elle est le signe de la part qu'ils prennent à sa ''grâce'' d'évangélisateur, dans la défense et l'affermissement de l'évangile (Ph 1,7). En quoi consiste donc cette ''grâce de l'apôtre ? Elle passe par la ''conformation'' de sa propre vie à celle du Christ et par la participation à ses souffrances (Ph 3,10) dans l'attente de la résurrection ; la koinônia aux souffrances du Christ, c'est ce mouvement de don de soi et d'humiliation jusqu'à la mort sur la croix qui fut celui du Christ. À la suite de l'apôtre, c'est toute la communauté qui est appelée à conformer son ''corps d'humiliation'' pour devenir ''corps de gloire''. Se conformer au mouvement du Christ, c'est vivre en lui, en une unité où chacun reconnaît l'autre comme supérieur à soi ; c'est participer à l'Esprit (koinônia Pneumatos, Ph 2,1) qui donne à chacun des charismes différents.

Référence pour la compréhension des autres emplois pauliniens 

On comprend mieux alors, à la fois les emplois de Rm 12,13 (Vocabulaire Rm 12,13a) et Rm 15,26 (Vocabulaire Rm 15,26b.27b), visant la collecte, celui de Ga 2,9 où le signe des ''mains de communion'' fonde l'unité des évangélisateurs, et les expressions ramassées de 1Co 1,9 Vocabulaire 1Co 1,9 et surtout 1Co 10,16-17, où il s'agit de participer [sacramentellement au corps et au sang du Christ] pour vivre réellement de sa vie. Peut-être rejoint-on ainsi Ac 2,42 ? La koinônia, part prise à l'Esprit, fait de la vie de la communauté comme de celle de l'apôtre, un évangile vivant » (Roselyne Dupont-Roc, Communion, Avoir part (koinônia, koinônos), 16). Cf. →Communion, koinônia.

9b acuité Hapax NT Gr : aisthêsei, litt. « perception » ; la capacité à percevoir et estimer une situation précise, le tact. Cf. G-Pr 5,2 ; 14,7 ; 15,7.

Cet hapax néotestamentaire « s'emploie dans l'usage profane soit de l'acte de sentir (sensation), soit de la faculté (sensibilité) ; au sens 1er de perception sensible, il passe à celui de discernement moral, perception spirituelle, que le livre des Proverbes a consacré dans la langue biblique (aisthêsis, 22 fois dans Pr, sur 27 dans l'AT. Cf. les vêtements du grand prêtre confectionnés par des tailleurs habiles, qui ont un pneuma aisthêseôs (Ex 28,3)) [...] » (Spicq 1959, 2,237).

  • Spicq 1985 « Le mot aisthêsis, que l'on traduit parfois ''tact affiné'' s'entend aussi bien de la sensation que de l'intelligence, mais accentue ici la nuance morale de la connaissance susdite (cf. He 5,14), elle saisit la qualité des choses ; ce serait le ''sens moral'' qui incline, oriente vers la décision pratique pour bien agir. Elle est le privilège des justes (Pr 11,9), des sages (Pr 10,14), des prudents (Pr 14,6), des avisés (Pr 12,23), inhérente à une réflexion judicieuse. Or l'agapê affine singulièrement cette faculté psychologique et morale, cette sensibilité religieuse » (149, note 29). 
  • Spicq 1959 « Le livre des Proverbes est précisément écrit pour en instruire les coeurs droits (Pr 1,4) qui se signalent par cette prudence avisée et circonspecte, ho agapôn paideian agapaᵢ aisthêsin (Pr 1,21). En liaison avec l'epignôsis, l'aisthêsis serait donc le sens moral, une conscience lucide et délicate qui réagit d'instinct dans le sens de la volonté de Dieu » (2,235).

9b connaissance spirituelle Le substantif epignôsis signifie « connaissance » spirituelle : capacité à reconnaître le bien, à discerner. C’est un fruit de l’action de l’Esprit dans le croyant. V traduit par scientianotitia, cognitio, agnitio, etc.

Une connaissance profonde des choses divines

Vocabulaire Rm 1,28a ; 3,20b ; 10,2b ; Vocabulaire Rm 10,2b ; Vocabulaire Ep 1,17b ; cf. Vocabulaire Ep 4,13a

  • Spicq 1959 « epignôsis, sans article et sans complément, peut avoir plusieurs significations. À coup sûr, il vise d'abord l'objet de la foi, le contenu de l'Évangile (Ep 1,17 ; 1Tm 2,4.4,3 ; Tt 1,1 ; 2Tm 3,7 ; He 10,26 ; cf. Rm 1,28.10,2) : La charité connaît, analyse et réalise toutes les richesses, du salut, et d'abord le Christ et son amour infini (Ep 1,17s.3,17s.4,13 ; Col 2,2. Le sens ''d'expérience, réalisation'' est bien attesté dans Rm 3,20). Mais c'est dire que cette connaissance est aussi celle de la volonté divine, comme le suggèrent eis to dokimazein du v.10 (cf. Rm 2,18.12,2) et surtout Col 1,9s, tên epignôsin tou thelêmatos autou (cf. Phm 6 ; Ep 5,17 : Comprenez (suniete) quelle est la volonté du Seigneur ; Ep 5,10 : discernant ce qui lui est agréable). Ainsi le progrès de la charité se déploie dans une activité contemplative, pénétrant toujours plus avant dans l'intelligence du mystère divin, et dans une perception mieux éclairée des desseins et de la volonté de Dieu. Ces deux objets ne sont pas dissociables, car la charité qui saisit plus clairement la transcendance de Dieu et l'infini de son amour, comprend beaucoup mieux ses exigences de sainteté et de charité réciproque. Il s'agit en définitive, de la connaissance religieuse et vivante propre à l'homme nouveau : endusamenoi ton neon ton anakainoumenon eis epignôsin (Col 3,10). Grandir dans la charité, c'est parvenir à l'état adulte, et être en mesure d'exercer cette intelligence dont le baptisé a été doté » (2,235s).

9b abonde (G) Perisseuein : Verbe au présent progressif ou « surabonde ». Le verbe grec perisseuein signifie : être dans l'abondance, exceller, surabonder, surpasser, cf.Vocabulaire 2Co 1,5ab ; Vocabulaire 2Co 8,7ad ; Vocabulaire 2Co 2,4c.

  • Spicq 1959 « Le verbe perisseuein, aimé de l'Apôtre (Ph 1,26.4,12.18 ; cf. Rm 3,7), s'emploie de toutes les grâces accordées par Dieu et de la perfection chrétienne sous quelque aspect que ce soit (1Th 4,1.10 ; Rm 5,15 ; 1Co 14,12 ; 2Co 3,9.8,7), mais d'abord de l'agapê (1Th 3,12 ; [...]) qui, plus que toute autre vertu, semble faite pour grandir. Si, de fait, elle est participation de l'amour même de Dieu, on conçoit qu'il ne peut y avoir de limite à sa croissance, et que le chrétien doive aspirer à s'enrichir de plus en plus de ce don ; d'où le verbe au présent progressif. Il ne s'agit même pas de plénitude à proprement parler, mais de dépassement. Si le verbe perisseuô ne signifie pas ce progrès au-delà de toute mesure, l'accumulation des termes eti mallon kai mallon dit bien cet excès : ''toujours encore plus'' (cf. 1Th 4,9-10). On n'aime jamais assez ; ou plutôt, jamais on n'est assez réceptif de ce don. C'est Dieu seul qui infuse la charité et l'accroît ; voilà pourquoi l'augment de la charité est l'objet privilégié de la prière chrétienne » (2,234s).

9b toute acuité Signification de la précision « toute » 

  • Spicq 1959 « La précision pasêᵢ fait allusion à ces détails de la vie ou à ces actions en apparence indifférentes, sur lesquels la ''connaissance'' ne donne aucune règle précise, mais où le coeur aimant sent d'instinct le choix à faire » (2,238, note 1).

10a pour mettre à l'épreuve  (G) Dokimazein  Spicq 1959 « Si le verbe dokimazô, en effet, a le sens de prouver (2Co 8,8), (Vocabulaire 2Co 8,8b) et d'approuver (Rm 14,22), (Vocabulaire Rm 14,22c), il a d'abord celui d'examiner, se livrer à une enquête ou faire une épreuve, en vue d'apprécier et de juger, et finalement retenir ce qui est valable.

La dokimasia est l'examen ou l'épreuve par lequel on vérifie la qualité d'une monnaie ou les aptitudes d'un candidat à une charge.

On est donc en droit de voir dans dokimazein la délibération et le jugement propres à la vertu de prudence. L'intérêt de ce texte est d'attribuer à l'agapê cet office de discernement, d'appréciation et de choix » (2,238). 

10a les choses qui diffèrent (G) ta diapheronta 

Le sens du participe présent neutre diapheronta 

  • Spicq 1959 « À la vérité, les 4 sens de diapherô sont attestés dans le NT : être distinct, différent (1Co 15,41 ; Ga 4,1), l'emporter, surpasser (Mt 6,26.12,12), se répandre (Mc 11,16 ; Ac 13,49), il importe (Ga 2,6). Il n'est pas facile de choisir ; mais le participe présent neutre diapheronta est un terme courant de la philosophie grecque et hellénistique, et ''discerner les différences'' — au plan moral — ne peut être qu'apprécier les valeurs respectives, choisir entre le bien et le mal. C'est bien l'activité que l'on pouvait attendre de l'aisthêsis et de sa dokimasia : Le chrétien soumet ses actions ou ses ''affaires'' à un examen critique, approuve celles qui sont bonnes, et qu'il importe de réaliser, rejette les autres » (2,239).

10a pour apprécier ce qui est le meilleur (V)  ut probetis potiora, en Rm 2,18, on trouve une expression semblable : probas utiliora « tu discernes ce qui est plus utile ». Fillion commente : « c'est-à-dire ce qui est meilleur, plus parfait. Le grec peut signifier aussi : les choses qui diffèrent, ou la différence qui existe entre le bien et le mal, ce que Dieu ordonne et ce qu'il défend. » (Fillion, 8,31) ; « Capables de distinguer le vrai du faux, le bien du mal et de pratiquer toujours ce qui est juste et droit [...] » (Fillion 8,372).

  •  « À la suite de la Vulgate (ut probetis potiora, l'Ambrosiaster a traduit : ut probetis quae sunt utilia), certains commentateurs entendent que le chrétien choisit les choses qui sont excellentes, qui l'emportent, le plus parfait (Bengel, Estius, Meyer, J. B. Lighfoot, Ch. Bruston [...]). » (2,239, note 2). 

10b purs (G) eilikrinês Hapax paulinien Eilê splendor solis, krinô, ad splendorem solis probatus, purus, candidus, nullo vitio corruptus. (Zerwick Analysis philologica). Eilikrinês est un hapax paulinien. Dans le NT, il se trouve seulement en 2P 3,1. Paul utilise le nom eilikrineia en 1Co 5,8 ; 2Co 1,12.2,17 (cf. Zorell Lexicon ; Spicq 1959, 2,241).

10b irréprochables (G) Aproskopos

  • Spicq 1959 « La valeur négative de aproskopos ''qui ne fait point de faux pas'' s'estompe au bénéfice de l'idée sous-entendue : La vie morale est une marche, peripatein en agapêᵢ (Ep 5,2) ; or la route peut cacher des pièges ; le manque d'attention et de précaution peut occasionner des chutes, en hodôᵢ aproskopôᵢ (Si 32,21). Le Siracide exhortait à ne rien faire sans avoir délibéré (aneu boulês, v.19). Il est probable que l'Apôtre se réfère à cette prudence qui est celle de l'aisthêsis, examinant et éprouvant toutes les conjonctures de l'action » (2,241).

11 fruit Sens religieux et moral de « fruit » 

fréquent dans la Bible :

11 fruit de justice Locution paléo-testamentaire Cf. Is 32,17 ; Am 6,12 ; Pr 11,30 ; He 12,11 ; Jc 3,18.

11 comblés ou : remplis

21 (G)  En Gr, les deux verbes sont des infinitifs traités comme des substantis avec un article, ce qui donne littéralement  : Car pour moi le vivre [c'est] Christ et le mourir un gain.

Grammaire

11 fruit de justice Justice est génitif d'auteur 

  • Spicq 1959 « dikaiosunês n'est pas un génitif d'apposition ou de qualité, ayant valeur d'adjectif : le fruit qui consiste dans la justice, mais le fruit que la justice produit, Ga 5,22 ; Ep 5,9 » (2,242, note 5).

Contexte

Repères historiques et géographiques

1s Envoi et destination de la lettre

L'épître aux Philippiens, (numérique, Jérusalem : 2022)

M.R. Fournier © BEST AISBL, Ph 1,1-2

Toponymie

Philippe, Thessalonique, Macédoine.

Réception

Arts visuels

1–30 Bénédiction

Johann Christoph Weigel (1654-1725), L'Épître de saint Paul aux Philippiens (gravure, 1695)

in Der Heiligen Apostel Geschichte und Episteln, letzlichen auch Die Hohe Offenbahrung S. Joannis : Nach anleitung Heyl. Schrifft in Bildnussen vorgestellt, éd. : Augsburg

© st-takla.org→

À terre, les chaînes de saint Paul, prisonnier pour l'évangile. Dans le ciel, la bénédiction de la croix du Christ, qui rappelle les adresses pleines de souhaits de grâces de saint Paul à ses destinaires.

Musique

1 Oh Seigneur, car je suis ton serviteur

17e s.

Andreas Hammerschmidt (1611-1675), O Domine, quia ego servus tuus sum, 1649

Manfred Cordes (dir.), Weser-Renaissance Bremen

© Licence YouTube Standard→, Ga 1,1-24 Ps 116,1–19 Rm 1,1 Ph 1,1

Composition

Ce motet, composé sur les paroles du Psaume 116, se trouve éclairé par les paroles de Saint Paul: « Si je plaisais encore aux hommes je ne serais pas serviteur du Christ » (Ga 1,10). Il est composé par Andreas Hammerschmidt, l'un des compositeurs de musique sacrée les plus populaires dans le Saint-Empire du 17e siècle.

Paroles

O Domine, quia ego servus tuus; ego servus tuus, et filius ancillae tuae. Dirupisti vincula mea, tibi sacrificabo hostiam laudis, et nomen Domini invocabo.

Vota mea Domino reddam in conspectu omnis populi ejus; in atriis domus Domini, in medio tui, Jerusalem.

Oh Seigneur, car je suis ton serviteur; je suis ton serviteur et le fils de ta servante. Tu as rompu mes liens, je te sacrifierai une offrande de louange, et j'invoquerai le nom du Seigneur.

Je rendrai mes louanges au Seigneur devant tout son peuple, à l'entrée de la maison du Seigneur, au milieu de toi, Jérusalem.

21 Obsèques musicales

17e s.

Heinrich Schütz (1585-1672), Musikalische Exequien SWV 279/281, 1635

Sir John Eliot Gardiner, English Baroque Soloists, Monteverdi Choir

© Licence YouTube standard→, Jb 1,21.19,25s Ph 1,21 Jn 1,29.3,16 Is 26,19 Ps 73,25s Lc 2,29-32 Ap 14,13 Sg 3,1

Composition

Musikalische Exequien est un ensemble de motets en trois parties, tout d'abord en forme de messe de funérailles allemande luthérienne. Ce premier épisode précède un autre air spirituel extrait du psaume 73. Il est suivi à son tour d'une troisième partie, le Cantique de Siméon (connu dans la liturgie catholique sous le nom de Nunc dimittis). L'ensemble a été composé en 1635 pour les funérailles de Heinrich Posthumus von Reuss, seigneur de Gera, Schleiz et Lobenstein en Thuringe, mort le 16 décembre 1635.

Livret

Partie I : Concert in Form einer teutschen Begräbnis-Messe SWV 279 6vv SSATTBIntonatio: Nacket bin ich von Mutterleibe kommen — Soli: Nacket werde ich wiederum dahinfahren Herr Gott, Vater im Himmel — Soli: Christus ist mein Leben, Sterben ist mein Gewinn Jesu Christe, Gottes Sohn — Soli: Leben wir, so leben wir dem Herren Herr Gott, Heiliger Geist — Intonatio: Also hat Gott die Welt geliebet, daß er seinen eingebornen Sohn gab — Soli: Auf daß alle, die an ihn gläuben, nicht verloren werden Er sprach zu seinem lieben Sohn — Soli: Das Blut Jesu Christi Durch ihn ist uns vergeben — Soli: Unser Wandel ist im Himmel Es ist allhier ein Jammertal — Soli: Wenn eure Sünde gleich blutrot wäre, Sein Wort, sein Tauf, sein Nachtmahl — Solo (Altus): Gehe hin mein Volk Soli: Der Gerechten Seelen sind in Gottes Hand — Solo (Tenor): Herr, wenn ich nur dich habe  — Soli: Wenn mir gleich Leib vnd Seele verschmacht Er ist das Heil und selig Licht — Soli: Vnser Leben währet siebenzig Jahr Ach, wie elend ist unser Zeit — Solo (Tenor): Ich weiß, daß mein Erlöser lebt Weil du vom Tod erstanden bist Soli: Herr ich lasse dich nicht du segnest mich denn Er sprach zu mir.

Partie II : Motette Herr, wenn ich nur dich habe, SWV 280 8vv double choir SATB.SATB

Partie III : Canticum B. Simeonis Herr, nun lässest du deinen Diener in Frieden fahren, SWV 281 8vv double choir SATTB.SSB